Des pics, des barres pour les sans-abris

Les villes installent des mobiliers anti-SDF

Il y a un grand fossé entre le monde du dessus et nous qui sommes tout en bas ». Titi est sans domicile fixe. Arrivé à Niort il y a 25 ans, il a quitté Caen, en Normandie, avec son cousin Pedro pour oublier sa vie d’avant et recommencer à zéro. En arrivant ici, il rencontre Rodrigue, son ami aujourd’hui. C’est dans un parc proche de l’avenue de Verdun que la rencontre se fait avec Titi, 48 ans et Rodrigue, 44 ans. Dans ce parc, les bancs sur lesquels ils dorment ne sont pas modifiés, ce qui n’est pas le cas de nombreuses villes.

À l’instar de Nice, qui détient le palmarès de l’hostilité pour les sans-abri, de nombreux bancs, parcs, trottoirs sont pensés de manière à ce que les SDF ne s’y installent. « Ils pensent pour nous, ces mobiliers sont construits pour éviter qu’on se rassemble ». Rodrigue insiste sur le fait que ces modifications ne sont faites que pour déranger les sans-abri et les pousser à bouger de leurs installations. Une femme, amie des deux hommes se confie, « ce parc, on l’appelle le saloon, c’est chez nous ici ! ». Pour eux ce parc est un lieu de rassemblement et d’entraide, l’aspect social et la communication avec le reste du monde sont une nécessité au quotidien.

À cinq minutes de leur « saloon », la gare a tout fait pour éloigner les SDF. Des bancs avec des accoudoirs ont été installés et empêchent les sans-abri de venir s’y reposer. Depuis 1992, la Fondation Abbé Pierre s’engage à défendre le droit des précaires et permettre aux personnes sans domicile d’accéder à leurs droits, leurs biens, mais aussi au logement. Depuis quelques années, la fondation se concentre aussi sur les centre villes et notamment les mobiliers anti-SDF.

Noria Derdek, membre de l’association confie que « le mobilier urbain se radicalise afin d’éviter que les SDF s’installent ». Il devient hostile puisque « ce sont des barres, mais aussi des pics qui ne cessent de recouvrir l’urbanisme, les bancs disparaissent et les sièges une personne apparaissent » déplore Noria. « C’est un peu tout le monde qui orchestre ces changements urbains, les communes, les propriétaires privés, les banques… ». Noria insiste puisque d’après elle « une personne et une commune devraient pouvoir donner l’exemple ». Les communes qui orchestrent ces changements s’engagent pour la plupart à mettre en place des solutions d’habitations (comme des associations) qui empêcheraient les sans domicile fixe d’errer dans les rues et de ne plus être confrontés à « cette gêne que peuvent apporter certains SDF ».

Noria Derdek, est, entre autre, à l’origine de la cérémonie des Pics d’or. Organisée par la fondation, la cérémonie, inspirée par les Gérards de la télévision, répertorie et récompense satiriquement les villes qui ont fait de leurs centres des territoires où les SDF sont « menacés et invisibles ». À travers le #Soyonshumains, la fondation collabore avec les citoyens français et récolte de nombreuses publications photographiques qui montrent la dureté des mobiliers urbains. C’est à ce titre que Nice a obtenu la palme d’or de la ville qui compte le plus d’installations anti-SDF.

Cette cérémonie a pu faire réagir les villes et les entreprises qui mettaient en place ce type de mobilier, notamment la ville de Paris et BNP qui suite à la publication d’une photo de Christian Page ont été « particulièrement choquées » et ont décidé de retirer l’ensemble des infrastructures jugées trop répressives pour les SDF. En attendant loin des pics, des bancs à accoudoirs, des vigiles, des interdictions… Titi et Rodrigue continuent leur soirée au « saloon ».

Mia, Morgan et Margaux